Changer le regard, changer le monde.

Les 18 et 19 septembre, a lieu le festival artistique "C'est pas du luxe !", à Apt.

18/09/2015

Ce matin, dès 9 heures, le Jardin du monde, au cœur de la petite ville d’Apt, s’animait de toutes parts. Des arbres prenaient place et se couvraient de mille et un objets (photos, clés, roses de tissu, dessins, messages). Un peu plus loin, les programmes de « C’est pas du Luxe ! » passaient d’une main à l’autre. « Ah bon, tu exposes là ? »… « Oui, on joue tout à l’heure, à la MJC, vient me voir ! ». Ils sont près de 300, personnes accueillies dans les Boutiques Solidarité ou résidants des Pensions de famille du réseau de la Fondation, à se retrouver pour la 3e année dans un festival qui leur est dédié. 2 jours d’un événement culturel hors du commun, 2 jours pour révéler au public un travail de plus d’un an, une expérience de tous les jours, une création artistique qui leur donne aujourd’hui l’occasion inoubliable de parler, de chanter, de danser, d’écrire, de dessiner.

Alors que le groupe de musiciens réunionnais terminait sa prestation, Philippe Torreton, parrain du festival a donné le ton : « La peinture, la scène, l’écriture, le chant… tout cela, qu’on appelle la culture, est nécessaire à l’Homme, à chacun de nous. L’espoir et l’estime de soi repoussent là où est a culture. Alors, non décidément non, la culture, ça n’est pas du luxe ! »

En plein Vaucluse, Apt se met pendant cette fin de semaine à l’heure du partage et de l’échange avec ceux et celles que l’on n’entend pas, que l’on ne voit pas. Ceux et celles que l’abbé Pierre nommait « les sans-voix ». Sur la place, dans les lieux où ils exposent et s’expriment, ils sont là, bel et bien vivants.

 

Musique, théâtre, expos déclinent la vie

« Cet arbre, c’est l’arbre aux fleurs de la Pension de famille du Figuier, à La Grand Combe, il reproduit le pouvoir de la beauté »… « Ici, dans les branches, nous avons accroché des livres pour rappeler que la culture, malgré Internet et les média, ça reste et nous en avons besoin. »

À quelques pas du jardin public, dans la cour du musée, ce sont les accueillis et résidants d’Angoulême qui présentent leur travail-photos. Un calendrier plein d’humour qu’ils ont réalisé, est à vendre pour soutenir la poursuite de l’atelier dans l’année à venir.

L’humour, la joie, l’échange, ce sont des mots qui deviennent réalité à chaque coin de rues, sur les scènes réparties dans les sites de la ville. « C’est grâce à tous les partenariats, avec la ville qui nous accueille bien sûr, avec la Scène nationale La Garance qui s’est associée à la Fondation depuis le début, mais aussi l’association Le Village, que nous pouvons vivre un tel moment, un tel miracle, » précise Jean-Pierre Gilles, administrateur de la Fondation.

La matinée est bien entamée, les Aptésiens, baguette sous le bras, continuent de déambuler et découvrent le travail des 37 Boutiques Solidarité et Pensions de famille qui se sont installées. Les écoles de la commune se suivent les unes après les autres dans la jungle d’arbres et restent ébahis devant le manège musical créé de toutes pièces par la communauté Emmaüs Saint-Marcel de Marseille… les plus jeunes seront les plus chanceux : seuls les poids plume peuvent monter faire un tour. Rires,  joie, encore une fois.

Après la visite du bus Abbé Road et la découverte du taudis reconstitué à l’intérieur, une habitante se confie : « Moi, je trouve que c’est vraiment bien qu’on accueille des gens qui ont souffert ou qui sont dans la précarité. La vie, ça peut changer du jour au lendemain pour tout le monde. Et puis, la musique, l’art en général, c’est très important pour garder le moral, pour se réinsérer. »

À la pause déjeuner, les badauds se dispersent, mais comptent bien revenir dès 14 heures. « Il y a les clows-citoyens, on veut aller les voir ». Direction la MJC pour découvrir qu’avec de l’humour, on peut toucher l’autre et parler de liberté, d’égalité et de fraternité en mettant chacun devant ses propres responsabilités.  Sylvie, la soixantaine, est venue avec son mari. Elle est donatrice depuis la création de la Fondation. « C’est formidable ce que vous faites. Maintenant, on est à la retraite et on peut participer à vos actions. On est venu camper sur place pour profiter au maximum. On vient de Sanary-sur-Mer. L’année prochaine, promis, on ne loupera pas les Rencontres du Sport Solidaire, à Toulon. Ce sont vraiment de belles choses, de belles actions. »

Même enthousiasme auprès de Marie-Christine Barrault, marraine du festival depuis sa création :  « J’ai vu ce matin un spectacle bouleversant, « l’arbre aux offrandes ». C’était magnifique. J’étais incroyablement émue et le public était comme moi, tout le monde y allait de sa petite larme. Je suis en extase par le résultat ! C’est la preuve que la culture, c’est à la portée de tout le monde. »

À côté du jardin public, le grand chapiteau est prêt pour accueillir ce soir des artistes engagés, Zoufris Maracas et Danakil, en concert à partir de 19 heures.  Avant de monter sur scène, Tommy, l’un des claviers de Danakil, a visité le bus Abbé Road : « Le problème du mal-logement, c’est un problème hyper important. Le plus fou, pour moi, c’est de voir qu’il y a des logements vacants, qu’il y a des gens qui font du business dans le logement et que des gens n’ont pas de toit. Moi, je me sens privilégié, quand je vivais chez mes parents, j’étais dans une banlieue dorée, à Marly-le-Roi. Mais je sais que ça peut être très galère de trouver un logement, et que dans les grandes villes où l’on trouve du travail, on trouve surtout des logements très chers ou alors, ils sont vraiment en mauvais état. On ne peut pas se résigner à ça. »

Ce soir, au concert, une quinzaine de réfugiés syriens seront dans la foule. La commune d’Apt a été volontaire pour les accueillir il y a quelques mois. Logés dans la cité Hlm sur les hauteurs de la ville, ils bénéficient de cours de français deux fois par semaine. « Ecouter de la musique, être invité quelque part, c’est formidable pour eux, ils recherchent avant tout de la joie et un peu de chaleur. Ils ont tout quitté, maison, famille, métier… ils n’ont plus rien. » Sous le chapiteau d’Apt, ils ne seront pas seuls. Ils feront partie du festival.