Aujourd'hui, je peux dire "Je" sans crainte.

"Ma vie d'avant n'était que pleurs et cris. Aujourd'hui, je peux dire "je" sans crainte."

28/12/2015 | Crédits photos : ©JossDray

Christine a eu 45 ans en août dernier. Depuis un an, elle vit à la Pension de famille du "Brin d'Espoir", au Lion d'Angers, dans le Maine et Loire. Depuis un an, elle vit heureuse et entourée de ceux et celles qui sont désormais sa "vraie famille", sa famille de coeur.

Battue par son mari pendant 10 ans, elle a vécu toutes ces années dans la peur et le silence. Mère de deux garçons aujourd'hui âgés de 20 et 23 ans, elle a enfin réappris ce qu'était le bonheur auprès de Bernie, hôte de la Pension de famille et de tous les autres résidants.

"Quand je suis arrivée, le 3 novembre 2014, je sortais de l'hôpital où j'avais séjourné 3 mois. Je n'avais plus de domicile, plus de proches à qui parler, je n'avais plus rien du tout. C'est l'assistante sociale qui m'a parlé de "Brin d'Espoir". La découverte de la Pension a été un choc : je me suis sentie perdue et en même temps, pour la première fois de ma vie, je me suis sentie libre."

Au sein de la Pension, Christine découvre l'écoute et l'attention des uns et des autres. Les parcours de vie des résidants qui se confient comme elle peu à peu ; les activités de la vie quotidienne que l'on partage au fil des semaines ; la disponibilité et le respect total des hôtes et des partenaires associatifs qui interviennent régulièrement auprès des résidants.

"Je me suis prise en main au fil du temps. Ici, tout le monde a un passé difficile et personne ne juge personne. On peut s'exprimer à n'importe quelle heure de la journée, il y a toujours une oreille disponible. Là, j'ai pu dire "Je" sans aucune crainte, ce qui ne m'était jamais arrivé. 

En un an, je me suis peu à peu retrouvée, je suis redevenue une femme. Je me sens à nouveau bien dans ma tête et dans mon corps. C'est vraiment ici que j'ai pu me reconstruire et c'est le message d'espoir que je veux faire passer aujourd'hui en témoignant. Une autre vie est possible quand on a souffert, on peut repartir et vivre heureux. Si l'on accepte l'aide que l'on vous donne, on peut s'en sortir."

Aujourd'hui, Christine a également repris des études. Elle a validé en juin dernier la 1ère année de son CAP "Petite Enfance" avec 17,5 de moyenne générale. 

"Ce qui a été formidable, c'est que j'ai pu travailler durant l'été dans un centre aéré, à Angers. Mon premier salaire, mes premières journées de travail, ça a été un cap ! Une fois que l'on a pu se poser et commencer à refaire surface, la Pension permet aussi de se réinsérer car on est en contact avec des associations. C'est l'association "L'envol" qui m'a aidée pour mes lettres de motivation, ma recherche de stage.... Et finalement, j'ai trouvé cet emploi. Grâce à toutes ces personnes qui m'ont soutenue, j'étais super motivée !"

"Mes enfants, au début, ne me parlaient pas. Maintenant, ils sont fiers de moi. Ils viennent me voir et parlent de la Pension où je vis. Ils sont conscients que j'ai découvert ici une famille de coeur et ils en sont fiers."

Autre moment fort dans la nouvelle vie de Christine, le festival "C'est pas du Luxe" de l'automne dernier. Avec 4 autres résidants de la Pension, elle a passé une semaine à Apt et préparé le spectacle de clôture du festival, qui se déroulait de nuit et dans un cèdre centenaire.

"La rencontre avec les artistes a été fantastique. Antoine, le grimpeur, m'a écoutée et a compris que j'avais peur de monter dans l'arbre. Grâce à lui, je me suis sentie capable et j'ai finalement passé toute la soirée perchée sur ma balançoire ! C'était incroyable, jamais je n'aurais imaginé pouvoir vivre un tel moment... Et c'était pareil pour les camarades, l'un avait peur de prendre la parole, l'autre ne voulait pas être vu. Finalement, nous avons tous fait le spectacle devant tout le monde. On est rentré transformés."

Christine songe à tous ces moments magiques vécus grâce à la Pension. Préparer un repas tous ensemble ou monter un spectacle en quelques jours avec des professionnels... De la plus simple activité à l'expérience la plus incroyable, Christine en tire chaque fois "des leçons de coeur", comme elle le dit elle-même.

Récemment, Christine a appris qu'elle était malade. Elle affronte aujourd'hui cette nouvelle épreuve avec courage, dans sa nouvelle famille.

"Je voulais vraiment témoigner pendant qu'il est encore temps. Remercier tous ceux et celles qui m'ont permis de vivre de tels moments. Remercier tous ceux et celles qui permettent que de tels lieux de vie existent. Merci. Grâce à vous tous, on peut réapprendre à vivre.